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07 Nov

Mon marin à moi

Publié par Layna Connors  - Catégories :  #P'tites histoires

J'avais besoin de prendre l'air. Besoin de partir, de faire le vide. Une envie de solitude, de rudesse, d'absence aussi vitale que respirer, manger, dormir.
Vraiment. Il me fallait partir pour me retrouver face au néant, et même si possible face au béant. Pas nécessairement pour un long temps, mais impérativement pour tout de suite.

C'est ainsi que je me suis retrouvée dans ce coin perdu de Bretagne. A quelques kilomètres du seul minuscule village où je pourrais me ravitailler si besoin.
Une maison rude, sèche. Exactement ce qu'il me fallait. Une maison d'hôte dont les hôtes justement, aussitôt arrivée, me laissèrent seule pensionnaire, appelés de toute urgence à 600 km pour une urgence familiale.

Seule. Sans connexion wifi ou téléphonique. Une presque-Robinsone. Le bonheur... ou pas loin.

Le premier soir, après m'être installée dans ma chambre, après avoir fait le tour du propriétaire, inspecté les trésors de la cuisine, le fonctionnement de la cheminée et de la gazinière, je me sentais fin prête pour faire le siège de ma solitude. Depuis la grande baie vitrée du salon, j'observais les milliards d'étoiles tentées de se refléter dans une mer d'un noir lunaire. Au bout du monde, perdue dans le nul part. La mer et moi, le ciel pour observateur. Dix jours de bonheur pur, enfin... Rien à dire. Pas de face de gentillesse ou de compréhension à me composer, nul besoin de chercher le mot juste, la phrase exacte exprimant au millième de souffle ma pensée. Pas d'énergie à distribuer, à partager.

Moi. Cet univers fracassé, violent, rude. Moi et ça. Dix jours de ça. Comment parler de ce plaisir immense qui m'envahit si fort, si totalement ?

Je n'ai jamais si bien dormi. Je n'ai jamais été si bien avec moi-même. Je n'avais pris ni livres ni musique. Seuls mon petit cahier d'écriture et un feutre. Au cas où l'inspiration vienne.

Je passais mes journées en dehors du temps. Emmitouflée comme un bonhomme Michelin, j'étais des heures durant sur le sable humide, face à la mer. J'en oubliais le sandwich que je m'étais préparé. J'en oubliais mes fesses congelées, mon nez prêt à tomber. Hypnotisée, je fixais la mer jusqu'à ce que la nuit me chasse.
Alors cétait la brulûre des flammes de la cheminée, la chaleur de ce que j'ingurgitais au hasard, soupe, lentilles en conserve..

Et puis... et puis lui. Lui qui m'avait cru morte sur la plage parce que je ne bougeais pas, ne répondais pas à ses cris. Lui que je n'avais pas senti courir vers moi, jusqu'à ce qu'il me tombe dessus.

Impossible de parler, d'expliquer à ce regard bleu lagon que j'allais bien, que j'étais heureuse de passer des heures léthargiques à ne fixer que les vagues. Yeux plissées, regard inquiet, visage ridé, marqué par le vent et le soleil. Comment lui dire que non, je n'étais pas une folle de la ville venue ici pour déprimer et plus si affinité aec le malheur ?
Dans le style tough guy il se posait là ! Face au béant ou pas, je savais encore reconnaître un beau specimen masculin. Coincée entre ses mains, je le voyais fouiller mon regard à la recherche d'une réponse dont il n'avait pas formulé la question.
J'ai aimé son air perdu quand je lui ai souri. Je me sentais si bien, si vivante.  J'ai très nettement préféré son regard de loup quand ma main a caressé ses lèvres puis lorsque je me suis approchée pour l'embrasser.
Bien sûr son baiser était chaud, humide, mais il avait la légèreté d'une caresse et la force du désir que je sentais un niveau plus bas. Un baiser de mec qui ne se cache pas, qui n'hésite pas. Un vrai baiser de mec.

C'est dos contre son torse que j'ai fini ma journée, englobée dans ses bras, sans qu'un seul mot ne soit prononcé, sans que l'acte sexuel ne se soit produit. Le premier baiser avait suffit à nous comprendre l'un l'autre. Les baisers suivants affinèrent notre langage tout un aiguisant notre appétit. Aucune précipitation. Nous avions le temps.

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Humeurs et délires littéraires