Echappée belle
My dear king,
Fantasque, loyale dans mes émotions comme dans mes désirs, assumant sans honte les écarts de mon corps, je suis à peine à toi que déjà je m'échappe.
Le désir, tenu à distance comme le sucre d'un diabétique, est une flamme fragile. Ni capricieuse pas plus que volage, tout juste asthmatique, soumise aux vents contraires de l'éloignement, de l'absence, des phrases qui ne se disent plus, des mots qui ne chérissent plus le coeur de l'autre.
Est-ce la vie qui oblige la candide et heureuse imbécile que je suis à poser au sol son baluchon de nuages et de douces rêveries, est-ce toi ?
Mon corps aura fait le premier pas. Ma tête se met à réfléchir, elle qui ne souhaitait que s'alanguir, s'abandonner et continuer de larguer les amarres...
Peut-être ne suis-je pas de ce monde, pas faite pour cette vie où rêveries, nuages, abandon et désir ne sont tolérés qu'en "surcroît temporaire d'activité".
Dois-je m'y faire ? Dois-je essayer de transformer le temporaire en CDI ?
Que de questions au regard d'une bien simple envie : s'amuser à titiller notre désir, s'amuser en apprenant à se connaître, savourer l'attente et son cortège d'exquises frustrations.
Ah mon cher et tendre roi, les armes que tu fourbis pour ta conquête du monde ne te seront d'aucune utilité me concernant... Puisses-tu seulement le comprendre suffisamment tôt.
Ta - encore - dévouée