Ennui
Ennui. Ennui profond de fin de parcours. Taper sur mon clavier pour que mes doigts ne restent pas à se languir, cliquer pour que le bruit créé prouve ma présence, mon activité, ma productivité.
Une journée de milieu de préavis. Des tâches dont je me fiche, des questions qui glissent sur moi, se répandent à mes pieds, se dispersent et se noient, des demandes auxquelles je réponds avec un grand sourire, une efficacité avérée. Mais que je m'en cogne de leurs problèmes de carte de parking, de dossiers à relier, de taxi à commander, de carte affaires à renouveler; que je m'en cogne de leurs notes de frais toujours en retard, d'Air France qui a beaucoup changé, de la LOT qui n'est pas du tout agréable. Pensent-ils une seconde à mon augmentation, demandée, jamais obtenue ? Imaginent-ils parfois mes envies de meurtres et de tueries, de saccage de leurs bureaux ?
Fin de parcours mais pas encore fin de journée.
Passer le temps comme je peux : un café, une clope, un deuxième café, un peu d'eau, un petit pipi, une autre clope, un troisième café, entrecoupés de tapottements sur mon clavier, de bac papier à recharger.
On m'appelle pour déjeuner.
Passer le temps.
Faire acte de présence, ou d'existence.