Café au lait ou chocolat ?
Etais-je leur enfant ou leur enjeu ? Avais-je une vie propre à mener ou seulement les leurs à achever ?
J’ai joué très tôt dans la cour des grands. Ecoutant les confidences de ma mère sur sa vie de femme avant même de s’avoir ce qu’était un baiser. Je l’écoutais se plaindre. Je prenais fait et cause pour celle dont les actes n’avaient de raison que par moi, « c’est pour toi que je fais ça », « je me suis privée pour toi », « je n’ai pas toujours mangé à ma faim pour que toi tu ne manques de rien »…
Pouvais-je ne pas être de son côté, sa meilleure alliée, sa supportrice number one ? Allons ? Je l’ai fait.

Mon père, ce héros qui m’a fait découvrir le cinéma, les voitures. Lui qui me faisait goûter son café au lait quand je n’arrivais pas à boire ce
bol de chocolat imposé par ma mère (il me faudra attendre 18 longues années pour qu’elle accepte, à défaut de comprendre, le fait que je n’aime pas le chocolat !). Mon père, ce héros, est
tombé. Mortellement blessé sous les coups répétés et insidieux de ma génitrice. Moi, partisane de l’Une contre l’Un, j’ai suivi, encouragé, accepté. J’ai amputé une partie de
mon être.
Ma mère, ou l’amour inconditionnellement sous conditions.
Je n’ai suivi ni ses traces ni ses errances. J’ai vécu mes expériences. Mais j’ai vu
longtemps par ses yeux. Très, trop.
Pourquoi les classes élémentaires ne dispensent-elles pas de cours d'« apprentissage à devenir soi-même » ? Pourquoi
réparer au lieu d’anticiper ?
Suis-je apte au bonheur ? Ce qui est sûr c’est que je ne suis pas taillée pour le malheur. C’est déjà ça !
Je n’avais pas d’objectifs de carrière, pas d’ambition particulière. Trop de choses m’intéressaient. En vieillissant j’ai davantage d’ambition, de confiance. Je n’ai pas les dents longues et mon appétit de pouvoir est limité. Une chose, la seule, m’a toujours guidé : être heureuse. Niais ? Pathétique ? Pas au regard de ce que j’ai vécu, de ce dont j’avais et ai encore besoin; finalement, je pense que c’est le meilleur objectif et le plus difficile à réaliser qui soit.
fin 2007